A la sombre lumière des différents événements qui ont eu lieu récemment, pour ne citer que l’arrestation des manifestants marocains ou l’élévation de Ben Laden au rang de "Saif al islam" par une poignée d’obscures oulemas, je me laisse à penser que le monde arabe et musulman s’engouffre dans un abysse où règnent les préceptes de guerre, d’oppression, obscurantisme et diktats menés par une seule soif de pouvoir en prétextant tour à tour des lois ou des sourates afin de légitimer les actes accomplis, bien trop de désordre pour y rester insensible.
Une tour de Babel se dresse au milieu de ce maelstrom de leaders aux dogmes plus que questionnables, à la limite de l’apathie sauf pour la conservation de leurs centres de pouvoir bien mal acquis. Un souffle d’incertitude caresse les joues de ces peuples, poings liés, qui ne voient plus cette lumière qui a su les guider sur les chemins de la gloire, qui a su fédérer leurs efforts et leurs énergies, qui leur a promis tant de vertus mais qui les trahit inlassablement jour après jour.
Il y’a d’une part ce feu gregeois qui a pris ses racines dans l’islam et qui est attisé de jour en jour par l’eau versée par des oulemas décalés de toute réalité, qui prennent des décisions les unes tout aussi tordues que les autres tout prenant soin d’interpréter les textes à leur convenance. Il y’a également ces fanatiques avilis qui ne savent plus parler sans citer le châtiment de Dieu, nihilistes et défiant toute personne n’adhérant pas à leurs idées, totalement dépourvus de libre arbitre ou de pouvoir de réflexion car sous l’emprise de ces "mécènes" du djihad qui les enjoignent à se sacrifier et à sacrifier tout ce que le monde matériel leur apporte (femme et enfants compris), leur promettant les clés du paradis et le droit à un harem de vierges.
D’autre part, il y’a ces Rastapopoulos, ces Javert, moustachus, rabougris, détenteurs tout juste du certificat d’études primaires (lorsque ce dernier n’est pas falsifié), qui aiment à se complaire dans leur siège au parlement (on leur a promis des rockin’ chair!) ou dans les méandres d’une administration adepte des carnets de sudoku, profitant d’une petite sieste improvisée sauf lorsque de jeunes marocains désemparés, stigmatisés, militent pour le droit de travailler, militent pour leurs droits fondamentaux. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils se reveillent et s’accordent pour prendre la seule décision qui s’impose "Qu’on leur coupe la tête" (dixit la reine de coeur [ndlr: Alice in Wonderland]).
Doit-on naturellement se plier aux humeurs et aux bons vouloirs de ces valets de l’inertie ? Non, je ne pourrais m’y résoudre. A défaut d’écrire l’incipit de ce livre, j’ose inviter les choeurs à initier le chant qui permettra d’en inspirer les prochaines pages. Les rouages de la mécanique commencent tout juste à s’engranger, encore faut-il qu’ils soient huilés.
Je vois ces voix muettes qui ont le désir de s’élever dans les airs, de chanter ensemble un air que leurs grands mères, jadis, fredonnaient et qu’elles puissent toutes ensemble redonner à leur héritage ses couleurs vermeilles. Au delà de l’amertume et de l’indifférence, d’un revers de la main, je les vois balayer ces blessures qui ont marqué leurs corps mais qui aujourd’hui forment le flux de leurs forces. Emergeant du terroir de la mélancolie, les voilà, toutes, marchant main dans la main sur le chemin de la splendeur.
Et comme le disait si bien Khalil Gibran dans le prophète:
Le musicien peut chanter pour vous la mélodie qui est en tout espace. Mais il ne pourrait vous donner l’oreille qui saisit le rythme, ni la voix qui lui fait écho.